Contre-choc pétrolier : les banques centrales à contretemps
Le Brent a plongé autour de 72 dollars vendredi, son plus bas depuis le 27 février, effaçant près de 10% en une semaine. La prime de guerre se dégonfle à mesure que le détroit d'Ormuz se rouvre. Or c'est précisément la flambée du brut qui avait poussé la Fed et la BCE à durcir le ton en juin. Le décor a changé et les banquiers centraux, eux, viennent à peine de jouer leur coup.
Le point macro
En quelques séances, le marché pétrolier a basculé. Le Brent est repassé sous 72 dollars vendredi (le WTI sous 70), signant sa plus forte baisse hebdomadaire depuis un mois. Le moteur ? La réouverture progressive du détroit d'Ormuz : le trafic des tankers s'accélère, les exportations du Golfe sont remontées à environ 75% de leur niveau d'avant-guerre, l'Arabie saoudite recharge à Ras Tanura, et les Émirats, le Koweït et le Qatar rouvrent les vannes. En toile de fond, l'Irak réclame un quota OPEP plus élevé, un an après le départ des Émirats du cartel en mai. L'offre revient ; le prix retombe.
Et c'est là que le calendrier se révèle cruel. Le 11 juin, la BCE relevait ses taux pour la première fois depuis 2023. Le 17 juin, la Fed maintenait sa fourchette à 3,50-3,75% mais signalait une possible hausse, neuf de ses dix-huit membres tablant désormais sur un resserrement. Dans les deux cas, la justification tenait largement à la flambée énergétique : l'inflation de la zone euro avait grimpé à 3,2% en mai (plus haut depuis septembre 2023), portée par une énergie à +10,9% ; l'inflation américaine campait à 4,2%. Les deux institutions ont serré la vis pour contrer un choc… qui est en train de s'inverser sous leurs yeux.
Le plus savoureux ? Les propres projections de juin de la BCE reposent sur l'idée que l'inflation reviendra à 2% d'ici 2028 si le pétrole suit la courbe des contrats à terme, c'est-à-dire s'il baisse. Il baisse, et plus vite que prévu. Les hausses de juin, présentées comme « précautionneuses », ressemblent de plus en plus à un coup calibré sur un pic déjà en train de passer. Faut-il en conclure que les banques centrales ont livré la bataille d'hier ?
Pas si vite. Trois objections méritent d'être posées. D'abord, l'indice des prix de juin (publié le 1er juillet) porte sur un mois où le brut était encore élevé en début de période : la désinflation se verra avec retard, pas immédiatement. Ensuite, la BCE n'a pas durci uniquement à cause de l'énergie : les services restaient à 3,0% et l'inflation sous-jacente autour de 2,5%. Un pétrole moins cher n'efface pas une inflation déjà installée dans les salaires et les services. Enfin, le cessez-le-feu reste fragile : il a suffi qu'un cargo, l'Ever Lovely, soit touché au large d'Oman le 25 juin, et que Donald Trump accuse l'Iran de tirs de drones, pour que le Brent rebondisse de 2% en une séance. La prime de guerre peut revenir aussi vite qu'elle s'efface.
Ce contre-choc pétrolier est bien réel et d'origine « offre » et il retire le principal moteur de la peur inflationniste de 2026. Les banques centrales n'ont pas tort de rester prudentes, mais le marché a raison de revoir à la baisse la menace de nouvelles hausses : c'est aussi pourquoi le rebond du dollar de juin s'essouffle déjà. Selon nous, la prochaine étape du récit s'appelle désinflation, pas resserrement supplémentaire, à condition qu'Ormuz reste ouvert. C'est probable, mais conditionnel.
Le point technique
Le rallye du billet vert de juin (l'indice dollar avait franchi 100) a perdu son élan en fin de semaine. L'EUR/USD a touché un point bas de 2026 autour de 1,133 en milieu de semaine avant de rebondir vers 1,1400 : la prime de refuge et le surcroît de risque qui nourrissaient le dollar se dégonflent en même temps que le pétrole. Mais l'euro manque de moteur propre. Si la désinflation pétrolière s'installe, l'argument d'une BCE durablement « hawkish » s'efface lui aussi. Résultat : une paire calée dans sa fourchette, dont la prochaine impulsion viendra de l'inflation flash de mercredi.
Du côté du Franc suisse (EUR/CHF ~ 0,9222). L'attrait du refuge s'estompe. À mesure qu'Ormuz se rouvre et que la prime de guerre se dégonfle, le franc perd un peu de son lustre de valeur refuge. L'EUR/CHF se maintient autour de 0,922 : moins de stress géopolitique, moins de demande de francs.
Gros importateur d'énergie, le Japon est le gagnant naturel d'un brut moins cher. Pourtant le yen reste sur la défensive, la Banque du Japon demeurant prudente, et l'EUR/JPY a même légèrement progressé. Le coup de pouce pétrolier ne s'est pas encore vu dans le cours : c'est un soutien latent à surveiller.
L'EUR/GBP, quant à lui, n'a quasiment pas bougé. La révision du PIB britannique du premier trimestre, mercredi, donnera le ton.
Les supports et résistances affichés ci-dessous indiquent respectivement les points bas et hauts au sein desquels les cours devraient évoluer dans le courant de la semaine.
| Supports hebdo | | Résistances hebdo | |
|---|
| S2 | S1 | R1 | R2 |
| EUR/USD | 1,1240 | 1,1320 | 1,1450 | 1,1520 |
| EUR/GBP | 0,8550 | 0,8590 | 0,8670 | 0,8710 |
| EUR/CHF | 0,9150 | 0,9190 | 0,9260 | 0,9300 |
| EUR/CAD | 1,6000 | 1,6080 | 1,6230 | 1,6320 |
| EUR/JPY | 182,50 | 183,30 | 185,20 | 186,50 |
Les annonces à suivre
Semaine chargée. Le Forum de la BCE à Sintra (jusqu'au 1er juillet) réunit Christine Lagarde et - pour sa première sortie sur la scène internationale - le nouveau président de la Fed, Kevin Warsh, attendu mercredi. Leur ton sur la question clé - le retournement du pétrole change-t-il l'équation des taux ? - fera bouger l'euro et le dollar.
Côté données, deux rendez-vous dominent. L'inflation flash de la zone euro (mercredi 1er juillet) livrera le premier verdict sur la capacité d'une énergie moins chère à refroidir l'indice des prix. Et le rapport sur l'emploi américain, publié en avance jeudi (marchés fermés vendredi pour l'Independence Day), testera le marché du travail qui justifie la posture « plus haut, plus longtemps » de la Fed. Consensus : environ +172 000 créations de postes.
Vous trouverez ci-dessous les publications et événements qui devraient avoir un impact majeur sur l’évolution du cours des devises.| Jour | Heure | Pays | Indicateur | attente / préc. |
|---|
| Lun 29/06 | 11:00 | Zone euro | Sentiment économique (juin) + M3 | Baromètre de confiance |
| Lun 29/06 | ~18:30 | Zone euro | Forum de Sintra — discours d'ouverture de C. Lagarde | Ton sur l'inflation |
| Mar 30/06 | 14:00 | Allemagne | Inflation flash (juin) | Avant-goût du chiffre zone euro |
| Mar 30/06 | 16:00 | États-Unis | Confiance du consommateur (Conf. Board) + JOLTS | Santé de la demande / emploi |
| Mer 01/07 | 11:00 | Zone euro | Inflation flash (juin) — HICP | Le brut moins cher refroidit-il les prix ? |
| Mer 01/07 | 16:00 | États-Unis | ISM manufacturier (juin) | Activité industrielle |
| Mer 01/07 | — | Sintra | K. Warsh (Fed) en panel — 1ère sortie internationale | Cap de la Fed après le repli du pétrole |
| Jeu 02/07 | 14:30 | États-Unis | Rapport emploi (NFP juin, en avance) | Cons. ~ +172 000 ; chômage et salaires |
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