Derrière la baisse de l'euro : l'énergie, la BCE et la dette française
L'euro s'est replié la semaine dernière face aux cinq grandes devises majeures, et il a inscrit ce lundi un nouveau plus bas contre le dollar. Ce repli général ne peut donc pas s'expliquer par la seule fermeté du dollar : il traduit d'abord une faiblesse propre à la zone euro.
Le point macro
L'euro a cédé 1,21 % face au dollar en cinq séances, puis a glissé ce lundi sous 1,12, au plus bas depuis mai 2025. Or la monnaie unique baisse aussi face à la livre, au franc suisse et au yen : le dollar n'est donc pas seul responsable. Cette baisse a une cause de fond, le choc énergétique, et deux causes immédiates : la prudence de la BCE et la tension sur la dette française.
Le choc énergétique fragilise l'euro depuis février, sans expliquer tout le recul récent. La zone euro importe l'essentiel de son énergie et la paie en dollars : quand les prix montent, ses achats de devise américaine augmentent. Cette hausse des prix de l'énergie nourrit aussi l'inflation, à 3,8 % : inflation et faiblesse de l'euro ont donc une même origine.
La première cause immédiate tient à la BCE, qui a relevé son taux de dépôt à deux reprises depuis juin, mais n'entend pas hâter la hausse suivante. Christine Lagarde a défendu une « réponse mesurée » : selon elle, la remontée des taux longs freinera l'activité, et rien n'indique à ce stade que le renchérissement de l'énergie gagne les salaires. Le marché attend désormais la hausse suivante en décembre : d'après ECB Watch, sa probabilité tombe de 60 % à 18 % pour octobre et s'établit à 73 % pour décembre. L'euro perd ainsi l'appui d'un resserrement imminent.
La seconde cause immédiate est la dette française. L'écart de rendement franco-allemand à dix ans s'est élargi de 34 points de base en une semaine, à près de 141 points vendredi. Or une dette nationale pèse sur la monnaie commune surtout lorsque les investisseurs redoutent une contagion ; Reuters relève cette crainte, et l'incertitude politique espagnole l'entretient. Nous pensons toutefois, comme State Street, que cette tension reste une affaire française : elle pèse sur l'euro sans annoncer une crise de la zone.
Sauf surprise de la BCE, trois voies mèneraient à un rebond de l'euro : un reflux des prix de l'énergie, une détente sur la dette française ou un affaiblissement du dollar. Cette dernière voie a été éprouvée vendredi : les États-Unis n'ont créé que 29 000 emplois, et le dollar tient pourtant face à la livre comme au yen. L'énergie reste chère et le budget français n’arrive en séance que le 13 octobre : les deux autres voies ne sont donc pas plus dégagées.
Le point technique
Face au dollar, l'euro a franchi deux seuils à la baisse. Le niveau de 1,13 a cédé la semaine dernière, avec une clôture à 1,1253 vendredi ; le plus bas de l'année, à 1,1216, a été enfoncé ce lundi en séance asiatique, le cours touchant 1,116. Les prochains repères se situent désormais vers 1,11 puis 1,10.
Face au franc, l'euro avait atteint mercredi son plus haut annuel, à 0,9486, avant de perdre 1,33 % jeudi ; il vaut aujourd'hui environ 0,929 franc. Selon StoneX, des positions de portage ont alors été débouclées. Le portage consiste à emprunter une devise à taux bas, ici le franc, pour investir dans une devise mieux rémunérée ; lorsque la volatilité augmente, ces positions sont souvent dénouées et les francs rachetés. Nous pensons que l'euro demeurera exposé à de tels rachats tant que la volatilité restera élevée.
Le portage n'explique pourtant pas le recul d'ensemble, car l'euro baisse aussi face à des devises sans rôle de financement. La semaine dernière, l'euro a cédé 1,17 % contre la livre, autant que contre le franc, et 0,45 % contre le dollar canadien ; ce lundi, il cote 0,846 livre, près de son plus bas annuel de 0,8455. Pour l'importateur qui règle en dollars, attendre un rebond de l'euro revient à parier sur une énergie moins chère, une détente sur la dette française ou un dollar affaibli. Couvrir une part de l'exposition, puis le solde à dates fixées d'avance, limite ce pari sans le supprimer.
Les supports et résistances affichés ci-dessous indiquent respectivement les points bas et hauts au sein desquels les cours devraient évoluer dans le courant de la semaine.
| Supports hebdo | | Résistances hebdo | |
|---|
| S2 | S1 | R1 | R2 |
| EUR/USD | 1,1028 | 1,1140 | 1,1366 | 1,1478 |
| EUR/GBP | 0,8329 | 0,8414 | 0,8584 | 0,8669 |
| EUR/CHF | 0,9140 | 0,9234 | 0,9420 | 0,9514 |
| EUR/CAD | 1,5714 | 1,5875 | 1,6195 | 1,6356 |
| EUR/JPY | 174,09 | 175,86 | 179,42 | 181,19 |
Les annonces à suivre
La semaine apporte deux comptes rendus de réunion : celui de la Réserve fédérale mercredi, celui de la BCE jeudi. Ils diront ce que chaque banque centrale envisageait avant les chiffres de vendredi dernier sur l'emploi américain et l'inflation européenne. Le pétrole sera aussi à suivre, puisque l'Opep+ a laissé ses objectifs inchangés et que Téhéran maintient le détroit d'Ormuz fermé. Le reflux des prix de l'énergie, l'une des voies d'un rebond de l'euro, demeure donc incertain.
Vous trouverez ci-dessous les publications et événements qui devraient avoir un impact majeur sur l’évolution du cours des devises.
| Jour | Heure | Pays | Indicateur | attente / préc. |
|---|
| Le 05/10/2026 | 10:00 | Zone euro | Discours de Philip Lane, chef économiste de la BCE | Premier commentaire officiel après le chiffre d'inflation de vendredi. |
| Le 05/10/2026 | 16:00 | États-Unis | ISM services (septembre) | Précédent : 55,4. Consensus dispersé, de 55,1 (InvestingLive) à 55,7 (Trading Economics). |
| Le 06/10/2026 | 08:00 | Allemagne | Commandes à l'industrie (août) | Baisse attendue de 0,9 % à 1,0 %, après une hausse de 2,5 %. |
| Le 06/10/2026 | 11:00 | Zone euro | Ventes au détail (août) | Rebond modeste attendu, après une baisse de 0,6 %. |
| Le 07/10/2026 | 08:00 | Allemagne | Production industrielle (août) | Hausse attendue, de 0,5 % à 1,4 % selon les panels, après une baisse de 1,1 %. |
| Le 07/10/2026 | 20:00 | États-Unis | Compte rendu de la réunion de septembre de la Réserve fédérale | Degré d'adhésion à une nouvelle hausse avant le chiffre de l'emploi. |
| Le 08/10/2026 | 13:30 | Zone euro | Compte rendu de la réunion de septembre de la BCE | Arguments avancés en faveur d'une réponse graduelle au choc énergétique. |
| Le 08/10/2026 | 14:30 | États-Unis | Inscriptions hebdomadaires au chômage | Entre 195 000 et 200 000, après 197 000. |
| Le 09/10/2026 | 14:30 | Canada | Emploi et taux de chômage (septembre) | Environ 9 500 créations et un chômage à 6,5 % (un seul panel), après 42 000 destructions et 6,4 %. |
| Le 09/10/2026 | 16:00 | États-Unis | Confiance des ménages, Université du Michigan (octobre, préliminaire) | Stable autour de 48,1. |
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