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L'HEBDO DEVISES >2026-07-20 11:44:49

Désinflation américaine : la photographie était déjà périmée

Les prix ont baissé aux États-Unis en juin : -0,4% sur le mois, une première depuis avril 2020. Le marché a aussitôt enterré les hausses de taux de la Fed et le dollar a terminé la semaine en repli. Problème : ce week-end, l'escalade entre Washington et Téhéran a renvoyé le Brent au-dessus de 90 dollars, au plus haut depuis la mi-juin. La photographie de juin est déjà datée.

Désinflation américaine : la photographie était déjà périmée

Le point macro

C'était le chiffre le plus attendu de la semaine, et il a surpris tout le monde. Publié mardi 14 juillet, l'indice des prix à la consommation américain a reculé de 0,4% en juin (la plus forte baisse mensuelle depuis avril 2020) ramenant l'inflation annuelle de 4,2% à 3,5%, nettement sous les 3,8% attendus. Le moteur est identifiable : l'énergie a chuté de 5,7% sur le mois, avec une essence en repli de 9,7%. Les rendements obligataires ont plongé, et le billet vert a touché en cours de semaine un point bas d'un mois.


Comment expliquer cela ? Ce chiffre photographie le mois de juin, c'est-à-dire l'accalmie qui a suivi le mémorandum de cessez-le-feu du 17 juin entre Washington et Téhéran : détroit d'Ormuz rouvert, brut en décrue, prix à la pompe en baisse. Or cette séquence est terminée. La semaine écoulée a vu les frappes croisées se multiplier, l'Iran attaquer samedi une installation pétrolière majeure au Koweït, puis déclarer le cessez-le-feu caduc. Les transits dans le détroit se sont effondrés et le Brent est repassé au-dessus de 90 dollars lundi matin, environ 20% au-dessus de son niveau d'avant-guerre.


Faut-il pour autant balayer d'un revers de main ce reflux des prix ? Non. La désinflation de juin ne se réduit pas à l'énergie : l'inflation sous-jacente est restée stable sur le mois et a ralenti de 2,9% à 2,6% sur un an, les services hors énergie sont ressortis étals et le logement n'a progressé que de 0,1%. Une partie du mouvement est donc bien réelle, et c'est précisément ce qui a convaincu le marché de réduire ses paris de hausse de taux de la Fed.


Le calendrier, lui, est cruel. Le CPI de juillet (le premier à intégrer la nouvelle flambée du brut) ne sera publié qu'à la mi-août, soit après la réunion de la Fed des 28-29 juillet. Le comité devra donc se prononcer sur la foi d'un chiffre de juin que les cours du pétrole ont déjà démenti. Un statu quo à 3,50-3,75% est le scénario central du marché, mais la conférence de presse de Kevin Warsh s'annonce délicate : difficile de fermer la porte à une hausse quand le Brent flambe, difficile de la brandir quand les prix viennent de baisser.


La désinflation américaine de juin est donc en partie un trompe-l'œil énergétique. Tant que le détroit d'Ormuz restera un champ de bataille, l'inflation conservera un plancher élevé, et enterrer définitivement les hausses de la Fed nous paraît prématuré. Pour les entreprises exposées, la conséquence est concrète : un EUR/USD sans direction claire, balloté entre flux refuge et anticipations de taux. Dans ce régime, la couverture systématique des flux prime sur le pari directionnel.

Le point technique

Le marché des changes vit un bras de fer entre deux forces opposées : la géopolitique, qui pousse vers les valeurs refuges, et les anticipations de taux, qui se sont retournées contre le dollar après le CPI.


L’EUR/USD évolue autour de 1,1440, en légère hausse hebdomadaire, après avoir touché en séance son meilleur niveau depuis le 19 juin. Jeudi, la BCE devrait maintenir son taux de dépôt à 2,25% mais la conférence de Christine Lagarde sera décisive : une hausse en septembre est très largement anticipée, et sa validation implicite soutiendrait l'euro. À l'inverse, un nouvel emballement du brut redonnerait l'avantage au refuge dollar. Nous voyons la paire osciller entre 1,1325 et 1,1555 cette semaine.


Du côté du dollar canadien, la Banque du Canada a maintenu mercredi son taux directeur à 2,25%, un sixième statu quo consécutif, sur un ton jugé prudent. Mais Tiff Macklem a prévenu : des hausses redeviendraient possibles si le pétrole s'installait durablement plus haut. Détail piquant : les positions vendeuses sur la devise sont à leur plus haut depuis fin 2024. Avec un Brent au-dessus de 90 dollars, le potentiel de rachats forcés est réel, ce qui plaide pour un EUR/CAD plutôt orienté à la baisse.


La devise nipponne reste la grande sacrifiée du régime actuel. À 185,76 contre euro et environ 162,35 contre dollar, elle évolue toujours à proximité de ses plus bas historiques. La Banque du Japon a certes relevé son taux à 1,00% en juin, mais le différentiel avec le reste du G10 demeure abyssal et le consensus ne voit pas de nouveau geste avant l'automne. L'inflation japonaise de juin, vendredi, dira si la normalisation peut accélérer.


Le franc joue toujours sagement son rôle d'amortisseur : l'EUR/CHF reste ancré autour de 0,9230, au cœur de la zone 0,92-0,93 où les analystes le voient évoluer ces prochains mois. Côté britannique, l'EUR/GBP évolue autour 0,8502. L'inflation UK de mercredi (attendue en repli à 2,7%) calibrera la décision de la Banque d'Angleterre du 30 juillet, toujours à 3,75% : un chiffre sage conforterait le statu quo et laisserait la paire dans son couloir.


Les supports et résistances affichés ci-dessous indiquent respectivement les points bas et hauts au sein desquels les cours devraient évoluer dans le courant de la semaine.


Supports hebdoRésistances hebdo
S2S1R1R2
EUR/USD1,12151,13251,15551,1670
EUR/GBP 0,83300,84150,85900,8675
EUR/CHF 0,90450,91400,93200,9415
EUR/CAD 1,57151,58751,61951,6355
EUR/JPY 182,05183,90187,60189,45

Les annonces à suivre

La semaine sera dominée par la réunion de la BCE jeudi et par les PMI flash de vendredi, premier instantané de l'activité de juillet des deux côtés de l'Atlantique. En zone euro, des services qui se rapprocheraient du seuil des 50 points donneraient des arguments aux partisans d'une hausse en septembre ; en cas de rechute, le pari deviendrait plus fragile. L'inflation britannique de mercredi complétera le tableau avant la décision de la Banque d'Angleterre la semaine suivante.


Et en toile de fond, une évidence : chaque nuit dans le Golfe peut redistribuer les cartes. Un choc supplémentaire sur Ormuz éclipserait n'importe quelle statistique du calendrier.


Vous trouverez ci-dessous les publications et événements qui devraient avoir un impact majeur sur l’évolution du cours des devises.
JourHeurePaysIndicateurattente / préc.
Lun 20/0703:15ChineTaux préférentiels de prêt (LPR)Statu quo attendu, soutien ciblé à l'économie
Lun 20/0714:30CanadaInflation CPI (juin)L'effet pétrole sur les prix, après le statu quo de la BoC
Mar 21/0711:00AllemagneIndice ZEW (juillet)Moral des investisseurs face au regain de tension
Mer 22/0708:00Royaume-UniInflation CPI (juin)Attendue à 2,7% après 2,8% — clé pour la BoE du 30/07
Jeu 23/0714:15Zone euroDécision BCE + conf. Lagarde (14:45)Statu quo très largement anticipé ; tout se jouera sur septembre
Ven 24/0710:00Zone euroPMI flash (juillet)Services attendus vers 49,8 : premier instantané post-escalade
Ven 24/0715:45États-UnisPMI flash (juillet)Une activité US attendue résiliente (manufacturier ~54,5)

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