FED et BCE sous pression pétrolière
Le Brent a franchi les 105 dollars le baril cette semaine sur fond d'escalade dans le détroit d'Ormuz entre Washington et Téhéran. L'activité économique en zone euro entre en contraction pour la première fois en seize mois, tandis que les pressions inflationnistes se renforcent. Le marché des changes navigue en eaux trouble.
Le point macro
Le spectre de la stagflation plane sur la zone euro. Les chiffres sont sans appel. Le PMI composite de la zone euro a plongé à 48,6 en avril, sous le seuil de 50 qui sépare expansion et contraction, pour la première fois depuis décembre 2024. Plus inquiétant encore, le secteur des services – qui représente environ 70% du PIB européen – affiche un indice de 47,4, un plus bas en 62 mois. Comment expliquer cela ? Par le choc énergétique lié au conflit au Moyen-Orient, qui se propage désormais à l'ensemble de l'économie réelle.
Le paradoxe apparent vient du secteur manufacturier, dont le PMI remonte à 52,2. Mais attention à l'illusion d'optique : cette hausse reflète avant tout un stockage défensif des entreprises qui anticipent de nouvelles pénuries et des hausses de prix supplémentaires. Les délais de livraison des fournisseurs se sont allongés à leur plus haut niveau depuis juillet 2022. Nul besoin d'être grand clerc pour savoir que ce rebond manufacturier est un trompe-l'œil.
Au niveau macroéconomique, l'Allemagne est particulièrement touchée. Le ministère de l'Économie a divisé par deux ses prévisions de croissance pour 2026, citant explicitement le choc énergétique lié au conflit iranien. Le FMI a également revu à la baisse ses projections pour la zone euro, désormais à 1,1% de croissance en 2026, contre 1,3% en janvier. La zone euro a subi la plus forte révision négative parmi les économies avancées.
Dans le même temps, l'inflation repart. L'indice des prix à la consommation harmonisé s'est établi à 2,6% en mars et la BCE anticipe un pic à 3,1% au deuxième trimestre. Les prix de vente des entreprises augmentent à leur rythme le plus rapide en 37 mois. Selon nous, c'est le pire scénario pour la BCE : une économie qui ralentit fortement alors que les prix accélèrent. Difficile de savoir si Francfort osera bouger la semaine prochaine.
La BCE devrait maintenir le statu quo à sa réunion du 30 avril. Le marché anticipe un maintien des taux à 2,00%, suivi d'une première hausse en juin. La majorité des traders s'attendent à ce que le taux directeur atteigne au moins 2,50% d'ici la fin de l'année. Ce serait un virage à 180 degrés par rapport au cycle de baisses entamé en 2024, mais le choc énergétique ne laisse guère le choix.
Aux États-Unis, la Fed est confrontée au même dilemme mais dans une position plus confortable. Les taux sont à 3,50-3,75% et la question n'est plus de savoir si la Fed va baisser ses taux, mais si elle le peut encore, compte tenu du choc pétrolier. La réunion du FOMC des 28-29 avril sera scrutée de près.
Le point technique
EUR/USD : range serré entre 1,16 et 1,18. La paire phare du marché des changes évolue dans un corridor étroit depuis début avril. L'euro s'est affaibli vers 1,1678, un plus bas de deux semaines, avant de se stabiliser autour de 1,1760. Le dollar bénéficie de son statut de valeur refuge face aux tensions géopolitiques et de son avantage de rendement (3,50-3,75% contre 2,00% pour la BCE). Cependant, l'incertitude autour de la politique américaine au Moyen-Orient limite les gains du billet vert. À court terme, la direction dépendra largement du ton de la Fed et de la BCE la semaine prochaine.
EUR/GBP : la livre tient bon. La paire oscille autour de 0,8710. Le Royaume-Uni se distingue avec un PMI composite de 52,0 en avril, largement supérieur aux attentes (49,8) et surtout en territoire d'expansion, contrairement à la zone euro. Cette divergence de dynamique économique positionne la Banque d'Angleterre comme la seule grande banque centrale européenne pouvant se permettre de maintenir ses taux sans risquer la récession. Le sterling devrait continuer à tirer son épingle du jeu face à l'euro.
EUR/CHF : le franc suisse reste solide. La paire évolue autour de 0,9175, proche de ses plus bas de l'année. Le franc suisse joue pleinement son rôle de valeur refuge dans un environnement de risque géopolitique élevé. La BNS, dont le taux directeur est à 0,00%, dispose d'une marge de manœuvre limitée. Nous pensons que le CHF restera soutenu tant que le conflit au Moyen-Orient n'est pas résolu.
EUR/CAD : le pétrole soutient le loonie. La paire a reculé vers 1,60, le dollar canadien bénéficiant de la flambée du pétrole liée au conflit iranien. Le Canada, en tant qu'exportateur net de pétrole, profite mécaniquement de la hausse du Brent au-dessus de 100 dollars. Toutefois, la Banque du Canada (taux à 2,25%) fait face à des pressions similaires à celles de la BCE : une inflation ravivée par l'énergie dans un contexte de croissance fragile.
EUR/JPY : le yen sous pression malgré la BoJ. La paire évolue autour de 186,70. Le Japon affiche un PMI manufacturier de 54,9, un des plus solides au monde, et le marché anticipe désormais une hausse de taux de la BoJ en juin ou juillet. Pourtant, le yen reste faible face à l'euro, pénalisé par un différentiel de taux toujours défavorable malgré le resserrement progressif de la BoJ. Les flux d'investisseurs étrangers vers les actions japonaises (+2 381 milliards de yens cette semaine) témoignent d'un regain d'intérêt pour le Japon.
Les supports et résistances affichés ci-dessous indiquent respectivement les points bas et hauts au sein desquels les cours devraient évoluer dans le courant de la semaine.
| Supports hebdo | | Résistances hebdo | |
|---|
| S2 | S1 | R1 | R2 |
| EUR/USD | 1,1580 | 1,1670 | 1,1850 | 1,1940 |
| EUR/GBP | 0,8600 | 0,8650 | 0,8770 | 0,8830 |
| EUR/CHF | 0,9060 | 0,9120 | 0,9230 | 0,9290 |
| EUR/CAD | 1,5780 | 1,5890 | 1,6110 | 1,6220 |
| EUR/JPY | 183,50 | 185,10 | 188,40 | 190,00 |
Les annonces à suivre
La semaine du 27 avril sera l'une des plus chargées de l'année en matière d'événements macroéconomiques. Deux réunions de banques centrales majeures – la Fed (28-29 avril) et la BCE (29-30 avril) – dominent le calendrier. En parallèle, les premières estimations du PIB du T1 pour la zone euro et les États-Unis seront publiées, ainsi que l'inflation flash d'avril en zone euro. Faut-il s'attendre à des surprises ? C'est probable, tant le choc pétrolier a rebattu les cartes.
Vous trouverez ci-dessous les publications et événements qui devraient avoir un impact majeur sur l’évolution du cours des devises.| Jour | Heure | Pays | Indicateur | À quoi s'attendre ? |
|---|
| 28/04/2026 | --- | USA | Début réunion FOMC | Statu quo attendu |
| 29/04/2026 | 20h00 | USA | Décision Fed + conférence de presse | Taux inchangés 3,50-3,75% |
| 30/04/2026 | 11h00 | Zone euro | PIB T1 2026 (estimation flash) | +0,2% t/t attendu |
| 30/04/2026 | 11h00 | Zone euro | Inflation IPC (flash) – Avril | Hausse vers 3,0%, préc. 2,6% |
| 30/04/2026 | 14h15 | Zone euro | Décision BCE + conférence de presse | Statu quo à 2,00% attendu |
| 30/04/2026 | 14h30 | USA | PIB T1 2026 (estimation avancée) | Ralentissement probable |
| 30/04/2026 | 14h30 | USA | Indice des prix PCE core – Mars | Hausse, indicateur clé Fed |
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