L'inflation US rebat les cartes
Coup de théâtre la semaine dernière. L'inflation américaine a bondi à 3,8 % et affiche un plus haut depuis 2022. Par conséquent, plus aucune baisse de taux de la Fed n'est désormais anticipée pour 2026, certains traders intègrent même une hausse. L'EUR/USD est retombé à 1,1625. La situation dans le détroit d'Ormuz reste sous tension et le moindre signal en faveur d’une escalade ou d’une désescalade peut provoquer de fortes variations sur les taux de change.
Le point macro
Reprenons le fil. Il y a une semaine, le dollar courbait l'échine et l'euro flirtait avec les 1,18. Nous évoquions alors la transition Powell-Warsh comme un facteur supplémentaire pesant sur le billet vert. Mais en cinq séances, le narrative s'est retourné. Comment expliquer cela ?
Deux publications ont fait basculer le marché. Mardi 12 mai, l'inflation des consommateurs américains a atteint 3,8 % sur un an, le niveau le plus élevé depuis mai 2023. Mercredi, le PPI a confirmé : l'inflation a grimpé en avril à son rythme le plus rapide depuis 2022. Le scénario tant redouté est en train de prendre corps : la stagflation américaine.
Conséquence directe sur les marchés monétaires : plus aucune baisse de taux de la Fed n'est désormais anticipée cette année, certains traders intègrent même une éventuelle hausse d'ici décembre. Le dollar a immédiatement repris la main. L'indice DXY est remonté à 98,6 jeudi, au plus haut depuis deux semaines. La confirmation de Kevin Warsh par le Sénat mercredi a renforcé le mouvement : Warsh hérite d'un FOMC fracturé où les faucons (Hammack, Kashkari, Logan) exigent déjà une « position neutre » plutôt que la promesse de baisses. Avec des données comme celles de la semaine dernière, leur position devient majoritaire de facto.
Mais attention à ne pas tirer de conclusions hâtives. Le détroit d'Ormuz reste fermé, et c'est précisément ce blocage qui alimente l'inflation américaine. Les pressions inflationnistes liées au choc énergétique sont la cause directe du repricing actuel. Or les nouvelles en provenance du Golfe restent erratiques : les attaques sur des actifs aux Émirats et une frappe américaine sur des navires iraniens début mai ont brièvement poussé le Brent à 114 dollars. Le cadre de désescalade du 6 mai tient, mais il tient à un fil. Chaque pas vers une réouverture du détroit ferait reculer le dollar de 1 à 2 % en quelques jours. Et chaque pas en arrière le ferait remonter.
Le rebond du dollar n'est pas un simple sursaut technique, c'est un repricing structurel de la trajectoire de la Fed. Pour autant, parler d'un retournement durable de l'EUR/USD serait prématuré. Trois forces s'affrontent désormais : la stagflation US qui soutient le dollar, la BCE hawkish qui soutient l'euro, et la géopolitique qui peut faire pencher la balance d'un côté ou de l'autre selon l'évolution à Ormuz. La volatilité va rester élevée, c'est probable.
Le point technique
L'EUR/USD s'établit autour de 1,1625 ce lundi, soit un repli de près de 1,4 % sur la semaine. La paire avait touché 1,1784 il y a dix jours, soit un mouvement aller-retour spectaculaire. Selon nous, la zone 1,15-1,17 devrait borner les échanges cette semaine. Une cassure haussière au-dessus de 1,18 nécessiterait un signal clair de désescalade à Ormuz ; à l'inverse, un retour sous 1,15 supposerait des minutes FOMC très hawkish ou une réaccélération inflationniste. Difficile de savoir lequel des deux scénarios l'emportera.
Le franc suisse reste solide malgré le rebond du dollar. L'EUR/CHF se traite autour de 0,9150-0,9200. Contrairement à ce qui est parfois évoqué, le franc n'a pas pour autant perdu son statut de valeur refuge, il l'a simplement échangé contre celui de devise structurellement forte. Tant que le détroit d'Ormuz reste sous tension, inutile de parier contre le CHF.
Le yen continue de faire des siennes. L'EUR/JPY évolue autour de 186. La Première ministre japonaise Sanae Takaichi a vanté ce week-end, lors d'un discours de campagne, les avantages d'un yen plus faible, un ton en décalage avec celui de son ministère des Finances qui s'efforce de freiner la dépréciation de la devise. C'est précisément ce genre de contradiction qui empêche le yen de se redresser durablement. Le risque d'une intervention de la BoJ remonte.
Côté livre sterling, l'EUR/GBP s'est stabilisé autour de 0,8580-0,8620. La BoE devrait maintenir ses taux et l'inflation britannique de mercredi sera scrutée à la loupe. Avec une inflation attendue à +3,4 % YoY, la livre reste prise en étau entre une banque centrale paralysée et une économie qui ralentit.
Les supports et résistances affichés ci-dessous indiquent respectivement les points bas et hauts au sein desquels les cours devraient évoluer dans le courant de la semaine.
| Supports hebdo | | Résistances hebdo | |
|---|
| S2 | S1 | R1 | R2 |
| EUR/USD | 1,1500 | 1,1580 | 1,1720 | 1,1800 |
| EUR/GBP | 0,8500 | 0,8550 | 0,8650 | 0,8700 |
| EUR/CHF | 0,9050 | 0,9100 | 0,9200 | 0,9250 |
| EUR/CAD | 1,5900 | 1,5980 | 1,6180 | 1,6280 |
| EUR/JPY | 184,00 | 185,00 | 187,50 | 189,00 |
Les annonces à suivre
Après une semaine dense, l'agenda se calme un peu. Trois temps forts : les minutes du FOMC d'avril mercredi soir, qui devraient confirmer l'opposition interne des trois faucons. L'inflation britannique mercredi matin, déterminante pour la BoE de juin. Et surtout, jeudi, les PMI flash de mai pour l'Allemagne, la zone euro, le Royaume-Uni et les États-Unis : ils donneront la première lecture macro de mai, avec un focus tout particulier sur la composante prix payés.
Vous trouverez ci-dessous les publications et événements qui devraient avoir un impact majeur sur l’évolution du cours des devises.| Jour | Heure | Pays | Indicateur | À quoi s'attendre ? |
|---|
| Le 19/05/2026 | 14:30 | Canada | CPI avril | Attente : +2,4 % YoY |
| Le 20/05/2026 | 08:00 | UK | CPI avril | Attente : +3,4 % YoY / Préc. : +3,3 % |
| Le 20/05/2026 | 20:00 | USA | Minutes FOMC | Ton hawkish probable, focus dissidents |
| Le 21/05/2026 | 10:00 | Zone Euro | PMI flash mai | Composite attendu à 49,5 |
| Le 21/05/2026 | 15:45 | USA | PMI flash mai | Services attendu à 52,1, focus prix |
| Le 22/05/2026 | 08:00 | UK | Ventes au détail avril | Attente : +0,2 % M/M |
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