L'Iran frappe le Golfe : le conflit change de dimension
Le week-end a marqué un tournant. Dimanche, l'Iran a frappé six pays du Golfe en riposte aux frappes américaines, ne première depuis le début du conflit. Le Brent remonte vers 79 dollars, le dollar progresse face à toutes les devises du G10 et les rendements obligataires se tendent. Pour les banques centrales, le spectre de l'inflation énergétique revient au premier plan.
Le point macro
Jusqu'ici, le conflit opposait deux acteurs : Washington et Téhéran, avec le détroit d'Ormuz pour ligne de front. Ce n'est plus le cas. Dimanche, l'Iran a lancé une vague de missiles et de drones contre les Émirats arabes unis, le Qatar, le Koweït, Oman, Bahreïn et la Jordanie, en riposte aux frappes américaines des derniers jours. L'Organisation de la coopération islamique a condamné ces attaques, et Oman a convoqué l'ambassadeur iranien. Des monarchies du Golfe directement visées : c'est un changement de périmètre du conflit, pas seulement un regain d'intensité.
Comment en est-on arrivé là ? La séquence s'est enclenchée le 8 juillet, lorsque Donald Trump a déclaré le cessez-le-feu avec l'Iran « terminé », après l'attaque de trois navires près d'Ormuz. Depuis, l'escalade est méthodique : quatrième frappe américaine en une semaine dimanche (le CENTCOM évoque des centaines de cibles) après l'attaque d'un porte-conteneurs sous pavillon chypriote. Téhéran a déclaré le détroit « fermé jusqu'à nouvel ordre », ce que dément le commandement américain. Sur le terrain, le constat est plus parlant que les communiqués : six passages de navires seulement entre jeudi soir et vendredi matin, contre 18 à 22 par jour début juillet. Et Washington a révoqué l'exemption de sanctions sur le pétrole iranien, effective le 17 juillet.
Les marchés ont réagi sans panique, mais sans ambiguïté. Le Brent est remonté vers 79 dollars lundi matin (+4 % en séance, +5,4 % sur la semaine écoulée), au plus haut depuis le 22 juin, soit environ 9 % au-dessus de son niveau d'avant-guerre. Le mouvement le plus significatif est peut-être obligataire : le rendement américain à 2 ans a atteint 4,23 %, un plus haut depuis février 2025. Le message est clair : le marché ne price plus des baisses de taux, il price des taux plus élevés, plus longtemps. Dans ce contexte, le dollar a progressé lundi face à l'ensemble des devises du G10.
Le paradoxe de la situation, c'est que ce choc arrive au moment précis où l'inflation refluait. En zone euro, l'estimation flash de juin est ressortie à 2,8 % sur un an, après 3,2 % en mai, grâce à la détente pétrolière consécutive à l'accord de la mi-juin, aujourd'hui remise en cause. La BCE, qui a relevé son taux de dépôt à 2,25 % le 17 juin (première hausse depuis 2023), a volontairement renoncé à toute forward guidance. Le marché, lui, a tranché : environ 70 % de probabilité d'une nouvelle hausse en septembre. Côté américain, les minutes du FOMC de juin ont révélé que plusieurs membres jugeaient une hausse déjà justifiée, et Kevin Warsh a répété à Sintra que l'inflation restait « trop élevée ». La fourchette actuelle de 3,50 %-3,75 % pourrait donc n'être qu'un plancher.
Tant que le trafic à Ormuz ne se normalise pas, le biais restera favorable au dollar et défavorable à l'euro, devise d'une zone importatrice nette d'énergie. Il faut toutefois se garder d'extrapoler : les frappes iraniennes sur les monarchies du Golfe restent ciblées et de faible intensité, le Brent demeure très loin de ses pics de guerre proches de 120 dollars, et plusieurs analystes voient le baril contenu dans le haut de la fourchette 70–80 dollars cet été. Une reprise des canaux diplomatiques - une délégation qatarie s'est rendue à Téhéran - ferait retomber la prime de risque aussi vite qu'elle est montée.
Le point technique
L’euro/dollar cotait environ 1,1404 lundi à l'ouverture, contre 1,1435 jeudi. L'euro se trouve dans une position inconfortable : le soutien de taux existe (la BCE est en resserrement et une nouvelle hausse pour septembre est pricée à 70 %) mais il est dominé par le statut refuge du billet vert et par un rendement américain à 2 ans à 4,23 %. Depuis le début de l'année, la monnaie unique cède environ 2,8 % face au dollar. À très court terme, le juge de paix sera l'inflation américaine de mardi : une surprise haussière renforcerait encore le dollar avant le FOMC du 29 juillet ; une décrue conforme au consensus (?3,8 %) offrirait une respiration à la paire.
L’'EUR/CHF évolue autour de 0,922, à proximité de ses points bas de l'année. Tant que la géopolitique dicte le tempo, le potentiel de rebond de la paire nous paraît limité. Les épisodes d'accalmie de juin n'ont d'ailleurs produit que des remontées modestes et éphémères.
Le yen ne profite pas de l'aversion au risque : l'EUR/JPY cote près de 184,4 et l'USD/JPY environ 161,7. Les obligations souveraines japonaises ont elles aussi été vendues lundi, signe que le différentiel de taux avec les États-Unis continue de primer sur le réflexe refuge. Pour les importateurs facturés en yen, les niveaux actuels restent historiquement favorables.
Le rebond du brut soutient la pétro-devise : l'EUR/CAD s'échange autour de 1,615, contre 1,62 jeudi. La Banque du Canada rend sa décision mercredi, accompagnée de son rapport sur la politique monétaire : le statu quo à 2,25 % fait consensus, la banque étant tiraillée entre une économie molle et une inflation ravivée par l'énergie. Exportateur net de pétrole, le Canada voit son revenu national soutenu par la hausse du baril, un facteur de résilience pour sa devise.
Discrète mais solide : l'EUR/GBP a reflué vers 0,852, contre environ 0,862 fin juin. La livre bénéficie du portage offert par les taux britanniques. Les données d'activité attendues outre-Manche cette semaine diront si ce soutien reste justifié.
Les supports et résistances affichés ci-dessous indiquent respectivement les points bas et hauts au sein desquels les cours devraient évoluer dans le courant de la semaine.
| Supports hebdo | | Résistances hebdo | |
|---|
| S2 | S1 | R1 | R2 |
| EUR/USD | 1,1180 | 1,1290 | 1,1520 | 1,1630 |
| EUR/GBP | 0,8350 | 0,8430 | 0,8600 | 0,8690 |
| EUR/CHF | 0,9035 | 0,9125 | 0,9310 | 0,9400 |
| EUR/CAD | 1,5830 | 1,5990 | 1,6310 | 1,6470 |
| EUR/JPY | 180,70 | 182,55 | 186,25 | 188,10 |
Les annonces à suivre
La semaine est dense, et elle a un fil conducteur : l'inflation. Le CPI américain de juin tombe mardi à 14h30, soit quatre-vingt-dix minutes avant la toute première audition de Kevin Warsh devant la Chambre des représentants. Le calendrier ne pouvait pas être plus inconfortable pour le nouveau président de la Fed, qui repassera devant le Sénat mercredi. Le consensus attend une décrue du CPI vers 3,8 % sur un an (après 4,2 % en mai), reflet de la détente pétrolière de juin ; le regain actuel des cours du brut n'y figurera pas encore.
Mercredi, la Banque du Canada rendra sa décision et publiera son rapport de politique monétaire, tandis que la Chine dévoilera son PIB du deuxième trimestre. Vendredi, Eurostat confirmera (ou pas) l'estimation flash d'inflation de juin en zone euro. Un chiffre européen confirmé à 2,8 % ne suffira probablement pas à faire dévier la BCE de sa trajectoire : c'est le pétrole de juillet, pas l'inflation de juin, qui dictera la décision de septembre.
Vous trouverez ci-dessous les publications et événements qui devraient avoir un impact majeur sur l’évolution du cours des devises.| Jour | Heure | Pays | Indicateur | attente / préc. |
|---|
| Le 14/07/2026 | 14:30 | États-Unis | Inflation CPI (juin) | Consensus ≈3,8 % a/a après 4,2 % en mai ; core ≈2,9 % |
| Le 14/07/2026 | 16:00 | États-Unis | Audition K. Warsh (Chambre) | Premier témoignage semestriel du président de la Fed |
| Le 15/07/2026 | 04:00 | Chine | PIB T2 | Après +5,0 % a/a au T1 |
| Le 15/07/2026 | 14:30 | États-Unis | Prix à la production (juin) | Baromètre des pressions en amont |
| Le 15/07/2026 | 15:45 | Canada | Décision BdC + rapport | Statu quo attendu à 2,25 % |
| Le 15/07/2026 | 16:00 | États-Unis | Audition K. Warsh (Sénat) | Tout indice sur une hausse en septembre |
| Le 16/07/2026 | 14:30 | États-Unis | Ventes au détail (juin) | Après +0,9 % en mai |
| Le 17/07/2026 | 11:00 | Zone euro | IPCH final (juin) | Flash : 2,8 % a/a après 3,2 % en mai |
| Le 17/07/2026 | 16:00 | États-Unis | Confiance Michigan (prélim.) | Anticipations d'inflation surveillées |
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