Passage de témoin à la Fed : et maintenant ?
Une page se tourne à la Fed. Le 15 mai, Jerome Powell quitte la présidence de la Fed et Kevin Warsh, choisi par Donald Trump, devrait être confirmé par le Sénat dans la semaine. Les marchés s’interrogent déjà sur l'indépendance de la banque centrale américaine. Au même moment, Christine Lagarde prépare sa première hausse de taux depuis longtemps alors que le dollar, fragilisé, glisse vers ses points bas annuels.
Le point macro
Nul besoin d'être grand clerc pour savoir que cette transition n'est pas une simple formalité. Pour la première fois dans l'histoire de la commission bancaire du Sénat, le vote sur le candidat à la présidence de la Fed s'est fait strictement sur des lignes partisanes (13 républicains pour, 11 démocrates contre). Le marché commence à intégrer ce que cela signifie : une institution qui, jusqu'ici, tirait sa crédibilité de son indépendance perçue, va devoir prouver qu'elle peut encore en faire preuve. Difficile de savoir si Warsh saura imposer un cap autonome face à un Trump qui réclame des taux à 1 %.
Cette transition arrive dans un contexte explosif. Le détroit d'Ormuz reste fermé, les prix du brut sont anormalement élevés, et l'inflation américaine ne plie pas. La dernière décision de Powell de maintenir les taux inchangés s'est faite sur un vote 8-4, le plus contesté depuis 1992. Quatre dissidents ! Cela en dit long sur les fractures internes du FOMC. Warsh hérite donc d'un comité divisé et d'un président américain qui le surveille comme le lait sur le feu.
Côté européen, la situation est presque l'inverse. Les marchés monétaires intègrent désormais deux hausses de taux de la BCE d'ici fin 2026, avec 75 % de probabilité d'un premier mouvement dès juin. Christine Lagarde a confirmé vendredi que la zone euro est mieux armée qu'avant la guerre en Ukraine pour absorber le choc énergétique. Piero Cipollone va plus loin : pour lui, la persistance des pressions inflationnistes rend la hausse de plus en plus probable. C'est un retournement complet par rapport au début d'année.
La divergence de politique monétaire entre Washington et Francfort va dominer la séance. Pour la première fois depuis très longtemps, c'est la BCE qui durcit pendant que la Fed temporise. C'est probable que cette dynamique soutienne durablement l'euro, surtout si Warsh, contraint politiquement, lâche du lest avant que l'inflation ne soit réellement domptée.
Le point technique
L'EUR/USD a clôturé vendredi à 1,1784, en hausse de 0,53 % sur la séance, son plus haut depuis le 20 avril. Sur un mois, la paire gagne 0,72 % ; sur un an, 4,72 %. Le franchissement durable de 1,1750 ouvre désormais la voie vers 1,1850, voire 1,2015 (point haut annuel touché le 27 janvier). Le dollar souffre d'une combinaison rare : incertitude institutionnelle, prime géopolitique réduite par les espoirs d'accord US-Iran, et anticipations de taux européens qui montent.
L'EUR/GBP évolue autour de 0,8633, dans une fourchette étroite avant la publication du PIB britannique du Q1 jeudi. La livre reste sous pression : la BoE a entamé son cycle de baisse, et les chiffres d'activité britanniques peinent à convaincre.
L'EUR/CHF cote 0,9150, dans une zone de consolidation après le rebond d'avril. Le franc suisse joue traditionnellement les valeurs refuge, mais l'apaisement relatif sur le front iranien et l'attractivité retrouvée de l'euro limitent ses gains.
L'EUR/JPY s'établit à 184,06 après avoir touché 187,55 à la mi-avril (point haut décennal). Le yen souffre toujours du différentiel de taux, malgré les hausses entamées par la BoJ. Le summary of opinions de la BoJ mardi sera scruté : tout signal hawkish marqué pourrait enclencher une correction technique vers 181,00.
Les supports et résistances affichés ci-dessous indiquent respectivement les points bas et hauts au sein desquels les cours devraient évoluer dans le courant de la semaine.
| Supports hebdo | | Résistances hebdo | |
|---|
| S2 | S1 | R1 | R2 |
| EUR/USD | 1,1680 | 1,1735 | 1,1830 | 1,1900 |
| EUR/GBP | 0,8580 | 0,8610 | 0,8665 | 0,8710 |
| EUR/CHF | 0,9100 | 0,9130 | 0,9180 | 0,9215 |
| EUR/CAD | 1,5800 | 1,5860 | 1,5970 | 1,6040 |
| EUR/JPY | 182,00 | 183,20 | 185,30 | 187,00 |
Les annonces à suivre
Le CPI américain mardi sera l'épreuve du feu pour la dernière décision de Powell : un chiffre supérieur à 3,3 % (lecture précédente) compliquerait sérieusement la trajectoire de Warsh. Mercredi, c'est le PIB de la zone euro (deuxième estimation) et le PPI américain qui prendront le relais. Jeudi, double choc : PIB britannique du Q1 et ventes au détail US, dans un marché européen déserté par l'Ascension.
Vous trouverez ci-dessous les publications et événements qui devraient avoir un impact majeur sur l’évolution du cours des devises.| Jour | Heure | Pays | Indicateur | À quoi s'attendre ? |
|---|
| Mardi 12/05/2026 | 14:30 | États-Unis | CPI avril | Test crucial avant l'arrivée de Warsh |
| Mercredi 13/05/2026 | 11:00 | Zone euro | PIB Q1 (2e est.) | Confirmation ou révision de la dynamique |
| Mercredi 13/05/2026 | 14:30 | États-Unis | PPI avril | Indication sur les pressions amont |
| Jeudi 14/05/2026 | 08:00 | Royaume-Uni | PIB Q1 | Test décisif pour la livre |
| Jeudi 14/05/2026 | 14:30 | États-Unis | Ventes au détail avril | Santé du consommateur américain |
| Vendredi 15/05/2026 | 15:15 | États-Unis | Production industrielle avril | + Prise de fonction officielle de K. Warsh |
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