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L'HEBDO DEVISES >2026-09-07 11:56:57

Resserrer contre le baril

Washington a frappé trois pétroliers iraniens ce week-end, Téhéran a riposté et annonce une « zone maritime restreinte » au-delà d'Ormuz. Le Brent remonte vers 97 dollars ce lundi. Dans les neuf jours qui viennent, trois banques centrales vont resserrer ou l'envisager : Francfort jeudi, Washington le 16, Tokyo le 18. Toutes contre une inflation que la politique monétaire ne fabrique pas.

Resserrer contre le baril

Le point macro

Commençons par l'essentiel. L'inflation de la zone euro est remontée à 3,3 % en août, son plus haut depuis septembre 2023. Mais regardez d'où elle vient avant de conclure : l'énergie bondit à 14,3 % sur un an, quand le sous-jacent, lui, recule, et que les services ralentissent. En clair, tout vient du baril, et rien du moteur domestique.


Aux États-Unis, même partition. L'indice des prix à la consommation est ressorti à 3,4 % sur un an en juillet, en repli pour le deuxième mois consécutif, et le sous-jacent est tombé à son plus bas niveau depuis mars 2021. Là aussi, seule l'énergie tire vers le haut. Des deux côtés de l'Atlantique, le cœur de l'inflation ralentit pendant que sa périphérie s'enflamme.


Et pourtant, tout le monde resserre. La BCE relèvera jeudi sa facilité de dépôt à 2,50 %, un mouvement que le marché intègre déjà en totalité. La Fed se réunit les 15 et 16 septembre avec une probabilité de hausse remontée autour de 62 % après la publication de vendredi : 162 000 créations d'emplois en août, soit près de trois fois le consensus. La Banque du Japon suit le 18. Trois banques centrales, neuf jours.


Comment expliquer ce décalage entre un cœur d'inflation qui se calme et des banques centrales qui durcissent ? Par l'assurance. Un quatrième mois consécutif d'inflation tirée par l'énergie finit par se transmettre aux salaires et aux prix de vente : ce sont les effets de second tour, et les banquiers centraux préfèrent en payer la prime maintenant plutôt que la facture plus tard. Le marché les suit sans réserve, puisqu'il price déjà deux hausses supplémentaires d'ici l'été 2027.


L'objection mérite d'être posée, et c'est un gouverneur qui la formule le mieux. Andrew Bailey, qui a maintenu le taux directeur britannique à 3,75 % fin juillet, rappelle que la politique monétaire ne peut rien sur le prix mondial de l'énergie : son rôle se borne à empêcher que la hausse s'installe. Côté offre, la situation s'améliore d'ailleurs à la marge — le transit par Ormuz a atteint fin août son plus haut volume quotidien depuis le début du conflit, et l'OPEP+, réunie dimanche, laisse ses quotas inchangés pour octobre. Mais l'agence américaine de l'énergie n'attend pas de retour de la production moyen-orientale à ses niveaux d'avant-guerre avant 2027, et le week-end vient de rappeler à quelle vitesse le baril peut repartir. Tabler sur une désinflation énergétique rapide relève aujourd'hui du pari, pas du scénario.

Le point technique

L'euro-dollar est resté d'un calme trompeur : 1,1590 à la référence BCE du 1er septembre, 1,1613 à l'ouverture indicative de ce lundi, soit 0,5 % gagnés en un mois alors que la BCE s'apprête à relever ses taux et que la Fed hésite à faire de même. C'est que l'essentiel est déjà payé : la hausse de jeudi est intégrée à 100 %, donc l'euro ne montera pas parce que la BCE monte, il montera si Lagarde valide la suite du chemin. Côté américain, la hausse du 16 est à 62 % : l'asymétrie se loge dans les 38 % restants, que l'inflation de vendredi tranchera. Nous voyons la paire entre 1,1540 et 1,1700 d'ici là, avec 1,1780 si le chiffre américain déçoit et 1,1450 s'il surprend.


Deux devises, en revanche, ne font pas ce qu'elles devraient faire. Le franc suisse d'abord : pendant que le conflit s'aggravait en août, l'EUR/CHF est passé de 0,9306 à 0,9401, soit 1 % gagnés par l'euro. Un refuge qui recule quand le risque monte, c'est un marché qui a cessé de traiter la guerre comme un choc pour la traiter comme un décor. Le dollar canadien ensuite : le Brent a pris plus de 10 % en quatre semaines, la Banque du Canada a maintenu son taux à 2,25 % le 2 septembre en signalant des risques haussiers, et l'EUR/CAD n'a pas bougé, à 1,6062. L'explication tient en un mot : douanes. Les droits agressifs rétablis sur les exportations canadiennes annulent ce que le pétrole apporte. Sur des flux en CAD, la corrélation pétrole ne protège plus.


La seule paire qui ait vraiment bougé est l'euro-yen, à 181,14 contre environ 186 fin juillet. Le déclencheur est venu de Tokyo, où le gouverneur Ueda et le membre du conseil Hajime Takata ont plaidé la semaine dernière pour des hausses de taux menées avec souplesse plutôt qu'à un rythme semestriel figé. Le dollar-yen a chuté de plus de 2 % jeudi jusqu'à 155,28, meilleure semaine du yen depuis l'intervention conjointe de Tokyo et de Washington fin juillet. C'est un débouclage de portage : ceux qui empruntaient du yen à 1,00 % pour placer ailleurs rachètent leur position avant la réunion de la Banque du Japon du 18 septembre.


Faut-il courir après ? Le carburant est largement consommé : d'après la CFTC, les positions vendeuses des fonds à effet de levier sont tombées de près de 138 000 contrats fin juin à 59 526 au 11 août, et l'écart de taux avec les États-Unis reste béant. Notre avis : pour un acheteur de yen, mieux vaut étaler ses achats de part et d'autre du 18 septembre que tout jouer sur une seule réunion. La livre, elle, reste adossée à son différentiel : à 0,8598, l'EUR/GBP profite des 150 points de base qui séparent la Banque d'Angleterre de la BCE, écart que jeudi ramènera à 125 — de quoi soutenir une remontée graduelle avant la réunion britannique du 17.


Les supports et résistances affichés ci-dessous indiquent respectivement les points bas et hauts au sein desquels les cours devraient évoluer dans le courant de la semaine.


Les supports et résistances affichés ci-dessous indiquent respectivement les points bas et hauts au sein desquels les cours devraient évoluer dans le courant de la semaine.


Supports hebdoRésistances hebdo
S2S1R1R2
EUR/USD1,14501,15401,17001,1780
EUR/GBP 0,84800,85400,86500,8700
EUR/CHF 0,92700,93300,94500,9500
EUR/CAD 1,58501,59601,61601,6250
EUR/JPY 177,80179,50183,00185,00

Les annonces à suivre

La semaine s'ouvre sur une séance creuse : les marchés américains et canadiens sont fermés ce lundi pour Labor Day et la liquidité restera mince jusqu'à mardi. Prudence, donc, sur les ordres passés aujourd'hui : dans un carnet dégarni, un mouvement modeste se paie plus cher qu'il ne le devrait.


Elle se referme sur deux rendez-vous qui comptent vraiment. Jeudi, la BCE annonce sa décision à 14h15 et publie ses nouvelles projections, que Christine Lagarde commentera à 14h45 : c'est la trajectoire au-delà de septembre qui fera le prix, pas la hausse elle-même. Vendredi, l'inflation américaine d'août tombe à 14h30, dernier chiffre avant le FOMC des 15 et 16. Entre les deux, gardez un œil sur Ormuz : la moindre précision sur la « zone maritime restreinte » annoncée par Téhéran se transmettra plus vite à vos couvertures que n'importe quelle projection de Francfort.


Vous trouverez ci-dessous les publications et événements qui devraient avoir un impact majeur sur l’évolution du cours des devises.
JourHeurePaysIndicateurattente / préc.
Lun. 07/09États-Unis / CanadaLabor Day : marchés fermésLiquidité réduite, mouvements amplifiés
Mar. 08/0901:50JaponPIB T2 2026 (estimation finale)Prélim. : +0,3 % t/t, +1,1 % a/a
Mer. 09/0903:30ChineIPC aoûtJuillet : −0,1 % m/m, +0,5 % a/a
Jeu. 10/0908:00AllemagneIPCH août (définitif)Confirmation attendue du flash à 2,9 %
Jeu. 10/0914:15Zone euroDécision de la BCE + projectionsHausse de 25 pb à 2,50 % intégralement anticipée
Jeu. 10/0914:30États-UnisPrix à la production (août)Premier signal avant l'IPC de vendredi
Jeu. 10/0914:45Zone euroConférence de presse de LagardeLe vrai enjeu : la trajectoire au-delà de septembre
Ven. 11/0914:30États-UnisIPC aoûtJuillet : 3,4 % a/a ; sous-jacent 2,5 %
Ven. 11/0916:00États-UnisConfiance des ménages (Michigan)Août : 51,7

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