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L'HEBDO DEVISES >2026-06-15 11:37:13

USA-Iran : les marchés ont signé avant Téhéran

Le marché a tranché. Les diplomates, eux, hésitent encore. L'annonce d'un accord entre Washington et Téhéran a suffi à faire dévisser le pétrole et flamber les Bourses. Pourtant, rien n'est paraphé : la signature, sans cesse repoussée, est désormais évoquée pour le 19 juin, et les deux camps ne décrivent pas le même texte. Le dollar et le franc suisse refluent mais sur des bases bien fragiles.

USA-Iran : les marchés ont signé avant Téhéran

Le point macro

Reprenons calmement. Oui, il y a eu une annonce. Et c'est en soi un événement majeur après trois mois et demi de guerre. Mais une annonce n'est pas un accord. Donald Trump a affirmé tour à tour une signature « dimanche », puis « lundi » ; Téhéran a démenti dans la foulée, son porte-parole appelant à la prudence « en raison de l'instabilité de la partie adverse ». La date se décale au 19 juin. Ce ping-pong de déclarations contradictoires devrait, à lui seul, inviter à la mesure.


Surtout, que contient ce texte ? Personne ne le sait précisément, et c'est bien le problème. La seule certitude partagée par les deux camps, c'est un cessez-le-feu incluant le Liban. Pour le reste, c'est le grand écart : Téhéran évoque le contrôle du détroit d'Ormuz, le droit à enrichir son uranium et le déblocage de 24 milliards de dollars d'avoirs gelés, quand Washington parle de démantèlement nucléaire et de réouverture totale d'Ormuz. Deux lectures inconciliables d'un même document. Et sur la forme, il s'agit moins d'un traité que d'un cessez-le-feu de 60 jours assorti d'un protocole de négociation : on s'accorde sur le principe de discuter, pas encore sur le fond. Un premier pas réel et bienvenu mais pas la paix.


Et pourtant, les marchés ont déjà sabré le champagne. Le Brent dégringole autour de 83-84 dollars ce lundi (?5 % sur la séance), au plus bas depuis mars et effaçant l'essentiel de la prime de guerre accumulée depuis février, lorsqu'il dépassait 110 dollars - même s'il reste supérieur de plus de 20 % à son niveau d'avant-conflit. Le dollar reflue, les Bourses asiatiques et européennes s'envolent, et l'or rebondit de plus de 2 %, vers 4 320 dollars l'once : l'accord a fait fondre les anticipations de hausse de taux de la Fed (la probabilité d'un relèvement d'ici décembre est retombée à 49 %, contre 69 % une semaine plus tôt), ce qui redonne de l'attrait au métal. Les opérateurs anticipent le retour du brut iranien et la fin des perturbations d'approvisionnement. Ils prennent les devants - c'est leur métier - mais aussi un pari.


Un détail achève de nous rendre circonspects sur la portée réelle de cette annonce. Elle est tombée le 14 juin, jour des 80 ans de Donald Trump, anniversaire qu'il a célébré en organisant un combat d'UFC sur la pelouse de la Maison-Blanche, un an après s'être offert une parade militaire pour ses 79 ans. La coïncidence n'en est sans doute pas une. Selon nous, ce calendrier sert au moins autant la communication et l'ego du locataire de la Maison-Blanche que la diplomatie. Or un accord annoncé pour la photo n'est pas un accord signé sur le fond. C'est précisément ce qui nous incite à ne pas prendre l'enthousiasme du marché pour argent comptant.


Restons donc mesurés. La désescalade est une bonne nouvelle de fond, et nous la saluons. Mais le marché traite un accord qui n'existe pas encore sur le papier, dont les termes divergent et dont la signature a déjà été repoussée plusieurs fois. Il est probable que la volatilité reprenne autour du 19 juin, dans un sens comme dans l'autre.

Le point technique

Le grand refuge de la guerre reflue avec l'espoir de paix, et l'euro en profite, soutenu de surcroît par une BCE qui vient de relever son taux de dépôt à 2,25 % et par une détente énergétique qui allège la facture d'importation de la zone. L'EUR/USD a franchi brièvement franchi 1,1620 ce lundi, en hausse depuis la clôture de vendredi (1,1557). Attention toutefois à ne pas surinterpréter ce mouvement : le potentiel de baisse du billet vert est doublement bridé, par un écart de taux toujours favorable et par une inflation américaine collante à 4,2 %. Si la signature du 19 juin dérape, le dollar retrouvera vite son statut d'abri et mercredi, la Fed pourrait jouer les trouble-fêtes. Fourchette probable : un test de 1,1660 voire de 1.1730 en cas de confirmation de l'accord, un retour vers 1,1500 au moindre accroc.


Même logique que le dollar, en plus sensible encore. L'EUR/CHF est remonté vers 0,9260 (contre 0,9215 vendredi) à mesure que les couvertures se dénouent, à condition que l'accord tienne. Mais le franc reste le baromètre du stress géopolitique : qu'un incident survienne, et il se réappréciera aussitôt. La BNS, qui se prononce cette semaine, pourrait commenter ce mouvement.


Le yen est tiraillé entre son statut de refuge en repli et une Banque du Japon engagée dans la normalisation de ses taux ; l'EUR/JPY, proche de 186, restera nerveux autour de la décision de la BoJ. Le dollar canadien, lui, subit la baisse du brut, partiellement compensée par le retour de l'appétit pour le risque ; l'EUR/CAD se traite vers 1,6210. Les devises émergentes respirent avec la détente énergétique, mais elles seraient les premières sanctionnées en cas de rechute géopolitique. Prudence là aussi.


Les supports et résistances affichés ci-dessous indiquent respectivement les points bas et hauts au sein desquels les cours devraient évoluer dans le courant de la semaine.


Supports hebdoRésistances hebdo
S2S1R1R2
EUR/USD1,15001,15551,16601,1730
EUR/GBP 0,85700,86150,86900,8735
EUR/CHF 0,91950,92350,93200,9375
EUR/CAD 1,60701,61501,62901,6370
EUR/JPY 184,30185,20187,20188,60

Les annonces à suivre

La semaine cumule deux sources d'incertitude : la diplomatie et les banques centrales. Le marché va devoir composer avec un agenda chargé, alors même que la matière première de son optimisme - l'accord USA-Iran - reste à confirmer.


Le rendez-vous géopolitique de la semaine, c'est la signature annoncée pour le 19 juin. Tant qu'elle n'est pas actée, chaque déclaration de Washington ou de Téhéran fera bouger le pétrole et les refuges. Côté banques centrales, le point d'orgue tombe mercredi avec la Fed : statu quo quasi certain (probabilité estimée à 97 %), mais c'est surtout le ton de Kevin Warsh qui fera le marché. Le nouveau président, qui a succédé à Jerome Powell le 22 mai, tient là sa toute première conférence de presse à ce poste. Connu pour vouloir réformer la communication de la Fed (moins de guidance, voire un « dot plot » remanié), son baptême du feu sera scruté de près, dans un contexte d'inflation toujours à 4,2 %. Jeudi, la Bank of England devrait elle aussi temporiser, forte d'une inflation enfin orientée à la baisse, et la BNS se prononcera dans un contexte de franc suisse toujours plébiscité par les investisseurs.


Vous trouverez ci-dessous les publications et événements qui devraient avoir un impact majeur sur l’évolution du cours des devises.
JourHeurePaysIndicateurattente / préc.
Mar. 16/0611:00AllemagneIndice ZEW (sentiment éco.)Rebond probable sur la détente géopolitique
Mar. 16/06(nuit)JaponDécision de taux BoJTon restrictif, hausse possible
Mer. 17/0620:00USADécision FOMC + dot plotStatu quo 3,50-3,75 % attendu (proba ~97 %)
Mer. 17/0620:30USAConférence de presse Kevin WarshTon clé pour la trajectoire du dollar
Jeu. 18/0609:30SuisseDécision de taux BNSStatu quo probable ; commentaire sur le CHF
Jeu. 18/0613:00Royaume-UniDécision de taux BoEStatu quo 3,75 % attendu
Ven. 19/06USA / IranSignature de l'accord (en Suisse)À confirmer : forte source de volatilité

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