Washington change d'outil, pas d'objectif
Vendredi, des droits de douane américains de 10 % et 12,5 % sont entrés en vigueur pour 60 pays représentant 99,4 % des importations des États-Unis. Le marché des changes n'a presque pas bougé : l'euro a clôturé autour de 1,1375 dollar. Le vrai mouvement est venu du pétrole, qui a franchi les 100 dollars après l'ouverture d'un second front maritime en mer Rouge, avant de rendre l'essentiel de ses gains ce lundi matin faute de nouvelles frappes dans le Golfe ce week-end.
Le point macro
Depuis vendredi 24 juillet, les importations américaines en provenance de 60 économies supportent un droit additionnel de 10 % ou 12,5 %, au motif d'une interdiction insuffisante des biens produits par le travail forcé. Le taux dépend du régime en vigueur chez le partenaire, non de sa géographie : 10 % pour ceux qui appliquent déjà une telle interdiction ou se sont engagés à en instaurer une, 12,5 % pour les autres. Mais tout cela reste poreux avec une liste importante de produits exemptés.
Pourquoi le marché est-il resté de marbre ? Parce qu'il n'y avait rien à découvrir : enquêtes ouvertes le 12 mars, taux proposés dès le 2 juin, action finale notifiée le 23 juillet. Une procédure au titre de la Section 301 se voit venir de loin, et Bruxelles a jugé le résultat conforme à l'accord commercial conclu il y a un an. Ce qui compte, c'est le changement d'instrument. La Cour suprême a invalidé en février les droits « réciproques » pris au titre d'une loi de pouvoirs d'urgence ; la Cour du commerce international en a censuré d'autres en mai. Une à une, les voies rapides se ferment. Reste la Section 301 : procédure longue, mais aucun plafond de taux. Donald Trump en a ouvert une seconde vendredi, sur la régulation numérique européenne, après l'amende de 890 millions d'euros infligée à Alphabet.
Faut-il pour autant s'alarmer ? Pas nécessairement. Pour une entreprise européenne, le taux reste à 10 %, sur des flux largement exemptés et dans le cadre d'un accord déjà négocié. La zone euro semble d'ailleurs tenir : l'indice PMI composite, qui mesure l'activité du secteur privé, est remonté à 51,9 en juillet, au-dessus du seuil de 50 qui sépare contraction et expansion, une première depuis quatre mois.
Néanmoins, le PMI est une enquête recueillie entre le 9 et le 22 juillet et c'est le 23 que le conflit au Moyen-Orient a changé de théâtre : les Houthis ont revendiqué jeudi l'attaque de deux pétroliers, puis frappé samedi les installations d'Aramco à Yanbu, le port par lequel Riyad réacheminait ses exportations depuis la quasi-fermeture d'Ormuz. Deux goulets d'étranglement au lieu d'un : le Brent a touché 102 dollars jeudi, au plus haut depuis huit semaines, relançant ainsi les craintes liées à la facture énergétique.
Ce week-end, le Pakistan, appuyé par Pékin, a cependant relancé la perspective de négociations entre Washington et Téhéran et aucune frappe n'a été lancée dans le Golfe. A l’ouverture des marchés ce lundi, le Brent septembre a cédé 4,66 % à 92,27 dollars, le WTI 5,02 % à 84,83. Rien n'est réglé sur le fond, ni à Ormuz ni en mer Rouge, et cette prime de guerre se reconstituera aussi vite qu'elle s'est défaite. La leçon de ces quatre séances n'est pas le niveau du baril, c'est son amplitude : trente dollars gagnés en trois semaines, dix rendus en trois jours.
Le point technique
Trois semaines que l'euro butait sur le même plafond : il a lâché jeudi, au lendemain de la BCE, et la sortie de fourchette s'est faite par le bas avec un EUR/USD qui clôturait vendredi autour de 1,1375 dollar, en repli d'environ 0,6 % sur la semaine. Le signal le plus intéressant est de l'autre côté de la paire : l'indice dollar signe sa plus haute clôture depuis quinze mois, autour de 101,50, soit très exactement sur une résistance de long terme située vers 101,39. Voilà le point de bascule de la semaine. Un franchissement franc ouvrirait la voie à un euro sous 1,13 ; un rejet, plus probable selon nous vu l'ampleur du mouvement déjà accompli, ramènerait la paire vers 1,1450.
Le yen se traite autour de 163,80 face au dollar, au plus bas depuis près de quarante ans, et les positions spéculatives non commerciales restent très fortement vendeuses. A ce degré de saturation, une intervention de Tokyo, une statistique américaine décevante ou une Banque du Japon plus ferme que prévu vendredi suffiraient à déclencher un débouclage désordonné, le marché voyant la zone 162 – 163 comme le seuil de sensibilité des autorités japonaises.
A noter que la volatilité s'est comprimée la semaine dernière (seuls 7 % des paires notables ont bougé de plus de 1 %), juste avant trois décisions de banque centrale en trois jours.
Les supports et résistances affichés ci-dessous indiquent respectivement les points bas et hauts au sein desquels les cours devraient évoluer dans le courant de la semaine.
| Supports hebdo | | Résistances hebdo | |
|---|
| S2 | S1 | R1 | R2 |
| EUR/USD | 1,1225 | 1,1300 | 1,1450 | 1,1525 |
| EUR/GBP | 0,8450 | 0,8490 | 0,8580 | 0,8620 |
| EUR/CHF | 0,9210 | 0,9260 | 0,9350 | 0,9400 |
| EUR/CAD | 1,5860 | 1,5940 | 1,6100 | 1,6180 |
| EUR/JPY | 184,50 | 185,40 | 187,20 | 188,10 |
Les annonces à suivre
Trois banques centrales en trois jours, et l'essentiel des données macro du mois concentré sur quarante-huit heures. La Fed décide mercredi 29 juillet : le statu quo dans la fourchette 3,50 – 3,75 % reste le scénario majoritaire, mais l'hypothèse d'une hausse n'est plus marginale, le marché pricant près de 80 % de probabilité d'au moins un resserrement de 25 points de base d'ici septembre. Le repli du pétrole de ce lundi retire un peu d'urgence à ce débat sans le clore. C'est la conférence de presse de Kevin Warsh, à 20:30, qui donnera le ton. La Banque d'Angleterre suit jeudi, la Banque du Japon vendredi, dans un contexte de yen historiquement faible et de positionnement vendeur saturé.
Côté zone euro, deux publications comptent vraiment. Le PIB du deuxième trimestre jeudi : le consensus attend +0,2 % après un recul de 0,2 % au premier trimestre, ce qui écarterait deux trimestres négatifs consécutifs, autrement dit, pas de récession technique. Puis l'IPCH flash de juillet vendredi, attendu en légère hausse à 2,9 % sur un an contre 2,8 % en juin, avec une composante sous-jacente stable à 2,4 %. Un chiffre supérieur au consensus validerait le scénario d'une hausse de la BCE en septembre et soutiendrait l'euro.
Pause estivale. Cette édition est la dernière avant la coupure du mois d'août. L'Hebdo Devises reprendra le lundi 24 août. D'ici là, nos équipes restent joignables aux horaires habituels pour vos opérations de change et la mise en place de vos couvertures .
Vous trouverez ci-dessous les publications et événements qui devraient avoir un impact majeur sur l’évolution du cours des devises.| Jour | Heure | Pays | Indicateur | attente / préc. |
|---|
| lun. 27/07 | 10:00 | Allemagne | Indice Ifo du climat des affaires (juillet) | Troisième hausse consécutive attendue |
| lun. 27/07 | 14:30 | États-Unis | Commandes de biens durables (juin) | Prév. : +1,6 % après −4,5 % ; hors transport +0,9 % |
| mar. 28/07 | — | États-Unis | Ouverture de la réunion du FOMC (deux jours) | Aucune annonce avant mercredi soir |
| mer. 29/07 | 20:00 | États-Unis | Décision de la Fed (fourchette 3,50 – 3,75 %) | Statu quo majoritairement attendu ; conférence de presse de Kevin Warsh à 20:30 |
| jeu. 30/07 | 11:00 | Zone euro | PIB T2 (estimation flash) et taux de chômage | Prév. : +0,2 % t/t ; chômage stable à 6,2 % |
| jeu. 30/07 | 13:00 | Royaume-Uni | Décision de la Banque d'Angleterre | Statu quo attendu à 3,75 % ; rapport trimestriel et répartition des votes |
| jeu. 30/07 | 14:30 | États-Unis | PIB T2 (première estimation) et indice des prix PCE | Premier chiffrage de l'impact du conflit sur l'activité |
| ven. 31/07 | matin (Tokyo) | Japon | Décision de la Banque du Japon (taux à 1,00 %) | Statu quo attendu, rapport trimestriel et conférence de presse ; positionnement vendeur saturé sur le yen |
| ven. 31/07 | 11:00 | Zone euro | IPCH flash (juillet) | Prév. : 2,9 % a/a (vs 2,8 %) ; sous-jacent à 2,4 % |
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